« Café en attente » et « café au suivant »

Dernièrement, on parle beaucoup du « caffè sospeso », « suspended coffee », « café en attente ». Selon la tradition napolitaine, l’idée est de commander au bar à espresso un café pour soi et un deuxième à une personne démunie qui en fera la demande plus tard. Comme bien des gens, c’est par les médias sociaux que j’ai appris l’existence de ce concept. Je l’ai trouvé génial. J’ai décidé spontanément de lancer le projet au Tassé. J’ai ensuite réfléchi à la logistique du « café en attente » dans le cadre de mon commerce.

L’engouement est, pour l’instant, très « virtuel ». Les gens en moyen de s’offrir un café sont au courant, les gens démunis, peut-être moins. Ainsi, un nombre grandissant de clients réguliers au Tassé paient des « cafés en attente », mais peu sont et seront réclamés à court terme. Je suis mal à l’aise avec l’idée de « percevoir à l’avance » et de ne pas redonner rapidement.

Ensuite, le Tassé est en destination. On peut présumer que la clientèle pour le « café en attente » se trouve plutôt au centre-ville. Oui, il y a des gens défavorisés qui habitent l’environnement immédiat du Tassé (je crois avoir été mal cité dans l’article paru dernièrement dans la Tribune). D’une façon ou d’une autre, il y a de l’éducation et du démarchage à faire par rapport à ce concept auprès de toutes et de tous. On m’a suggéré de passer par des organismes à vocation sociale pour transmettre l’information. Bonne idée!

Il faut également penser à la mixité des clientèles qui peut, pour reprendre les dires de monsieur Maheux du Tam Tam Café*, résulter en un « choc de cultures » et affecter la viabilité d’un commerce ; personne n’est contre la vertu mais …

L’adaptation du « café en attente » à la réalité du Tassé, c’est le « café au suivant ». Exemple : madame X s’offre un café latté et décide de payer un « latté au suivant » : monsieur Y est le premier client à commander un latté après madame X, on lui offre donc gracieusement ; madame X a offert un café « surprise » à monsieur Y; monsieur Y est heureux. Le concept en est un de solidarité. Bien entendu, si une personne dans le besoin entre et s’informe si un « café au suivant » est disponible, elle pourra en bénéficier : l’idée avec cette variante du « café en attente », c’est d’offrir un café à un tiers de façon spontanée, par pur altruisme.

En résumé, un « café au suivant », c’est un café prépayé pour une personne qui pourrait en avoir besoin au sens large du terme, démunie ou itinérante certes, mais aussi, un parent, un ami, un collègue, un patron, un voisin, un étudiant, un chômeur ou tout simplement quelqu’un qui a oublié son portefeuille. Une idée : partez avec votre « café au suivant » et offrez-le.

* Benoît Maheux est gérant et animateur au Tam Tam Café, café d’économie sociale situé sur le boulevard Langelier à Québec, et a été cité dans un article de Claudette Samson paru dans le journal le Soleil, édition du 12 avril dernier.